Je me suis laissé oublier,
J’ai défait les attaches laides
Qui m’obstruaientle lointain,
Ce beau lointain qui purifie.
Fini ces trop pleins de rencontres,
Les heures arides d’impuissance,
À fuir de glauques évidences,
Toujours lassés les uns des autres,
Cette noblesse qui lésine
Et ces rancœurs sentimentales.
Laissons un bout de nos consciences
Inhumé sous deux ans d’ennui,
Soyons quittes d’un sourire bête,
Ne nous croisons plus.
Maintenant des mots, des mots,
Laissons les mots trouver leur sève,
Remplacer quelques nuits nos mornes trajectoires ;
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves !
Ornons ces tristes chambres, qui n’ont même pas le charme
D’une misère un peu noueuse.
Des mots, des mots ensembles, comme serpents en chaleur,
C’est l’heure de se lier au hasard
Avec des bouilles neuves,
D’étaler gestes et refrains,
L’heure d’être dupe de mon vin.
Toutes ces compassions jalouses, sans ferveur,
Qui me volaient jusqu’à mon sang,
Ce filet de reproches malhonnêtes,
Partis, partis ! tout à l’égout de ma mémoire !
Tous les « je » successifs, ces prudents charognards,
Vont se laver, au frais, là-bas, dans un miroir,
Nourrir un peu le lustre de leur vieille faconde,
Et former des factions sur une page blanche.
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves.
L’autre, l’ami nouveau,
Toujours les autres en bouche, les autres et leurs travers,
Ne parle de ses vices que comme de revers de vertus.
Si parfois dans un coin,
L’on trouve de ces gens,
Qui ont encor le goût de n’avoir rien à dire,
L’on rapprend vite à se lasser.
Forts de nos pensées noires,
Menons l’exil, hors de nos draps,
La farandole silencieuse,
Et prenons pour moindres abords
Des démarches et des poses de phénix atrophiés,
Rassasiés d’insultes, lâchés sur la nuit,
Promenant par les rues notre rancœur sans cible.
Apparait une phrase où coule l’horreur et le vrai,
Et nos ongles s’y ruent,
Comme dans la voie royale du génie, du salut.
On se laisse griser d’angoisse
Jusqu’à tremper sa voix d’irrémédiable gravité.
Faire cadeau de son éloquence à de soudaines certitudes,
De par lesquelles il faudrait vivre ;
Sermonner les convives,
Rompre les dernières digues,
Et reprendre son souffle,
Sa lyre violée sur le sol.
Rentrer, seul, froid.
Chez soi, au bout du monde,
Rincer le présent de sommeil
Et rater l’aube cependant.
« Il y a des choses dans mes poches,
Et par elles vous connaîtrez la saveur des étoiles »
Et la substance qui fermente dans nos entrailles moisies…
Me voilà,
Piégé pour l’éternité
Dans le silence de mon crâne ;
Je m’en évade et m’y enfonce,
Cela revient au même.
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves.
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves.
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves.
Qu’ils se dénudent, qu’ils se tordent,
Parce qu’ils sont beaux quand ils sont torves.
Illustration provenant de https://wenshuyu.com/, utilisée avec autorisation.
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