Sirènes immatérielles,
Mes nymphes de pixels,
Mes cyber-fééries,
Évanescence melliflue
Dans le gouffre irisé,
L’éther interactif,
Mon phare rectangulaire
Et plein de perspectives,
Mon réseau d’envoûtements,
Pays de lumières arides
Où mes yeux rampent
Aux seuils amers
Et aux cadavres d’oasis,
Les alarmes bénignes,
Le babil radoteur
Des prestidigitateurs autoritaires.
Sirènes à moi,
Coruscantes silhouettes
Gorgés de mélodieux murmures,
De fragments de conseils
Dangereux et ravissants,
Arabesque poreuse
De lumineux brisants,
Qui veulent pourtant germer, très indirectement,
En une haleine matinale,
En oripeaux déchus,
Vidés de ce lustre invisible
Où s’était précisé
Le rêve de mon siècle.
Oh, une mosaïque de reflets de filles
Est mille fois plus pure
Que les chantages de l’amour,
Et leur icône instable
Fourmille lente et légère
Sous le tâtonnement
De mes ombres tranquilles,
Écoutant leurs sourires
Comme une étreinte de nuées,
Baiser de songes antagoniques,
Plonge en une vallée de surprises,
De merveilles ambigües
Qui vous comble de nouvelles soifs.
Une avalanche de frissons
Dans la chair en ébullition,
Marée de spasmes incantatoires,
Vagues filandreuses
Brisées en pleine croissance,
Croulement de nerfs et de fibres,
Quelques réseaux qui se contractent.
Les frondaisons radieuses
Des jungles de câbles,
Bariolées comme l’orient,
Ce reflet labyrinthe
Est un ailleurs céleste
Qui fait des astres des contrées
Et d’une femme un fruit d’éblouissements
À savourer éternellement.
L’abîme psychoragique,
Aux visages étourdissants,
A la noirceur d’un nouveau monde,
Où la mésaventure
Se paye à l’infini.
Ma candeur volontaire
Qui se laisse séduire
Et qui se laisse perdre,
Sans jamais s’égarer
Dévale une ascension,
Promenade invulnérable
Errance où tout est un refuge ;
Ma pureté me protège.
Toutes les sirènes sont amies
Pour qui n’a pas d’espoir,
Hydre paisible qui nous berce
De ses nombreuses voix.
Toutes le beautés sont placides
À ceux qui ne les dérobent pas ;
Les convoitises qu’on délaisse
Deviennent parfois des astres.
Les berceuses errantes,
Tapisseries de lueurs
Aux reflets polychromes,
Racontent quelque chose
Comme des vies de damnés
Où même les anges sont errants,
Cherchent des lieux sans noms
Narrés naguère dans les promesses
Du firmament.
Celui qui a damné ses yeux
Aux vitraux électriques
Espère tomber sur le Salut
Au détour d’un mirage,
Dilue ses douleurs
Dans un cycle de rêves,
Les mélodieuses mécaniques
De secondes imaginaires.
Faire palpiter les harmonies
Dans des reliques de synthèse,
Un oliphant désemparé
Dont le souffle noué
Voudrait parler à ce visage
Qu’il craint de deviner
Au fond de son vertige.
Illustration de Liu Yu