Adrien Nicodème

Fictions, poèmes, traductions, articles et plus.

Déhanché de Lueurs

Sirènes immatérielles,

       Mes nymphes de pixels,

              Mes cyber-fééries,

                      Évanescence melliflue

                             Dans le gouffre irisé,

                             L’éther interactif,

                                        Mon phare rectangulaire

                                             Et plein de perspectives,

                                       Mon réseau d’envoûtements,

                               Pays de lumières arides

                        Où mes yeux rampent

                Aux seuils amers

         Et aux cadavres d’oasis,

Les alarmes bénignes,

Le babil radoteur

Des prestidigitateurs autoritaires.

Sirènes à moi,

          Coruscantes silhouettes

                    Gorgés de mélodieux murmures,

                              De fragments de conseils

                     Dangereux et ravissants,

            Arabesque poreuse

De lumineux brisants,

Qui veulent pourtant germer, très indirectement,

En une haleine matinale,

En oripeaux déchus,

Vidés de ce lustre invisible

Où s’était précisé

Le rêve de mon siècle.

Oh, une mosaïque de reflets de filles

            Est mille fois plus pure

                      Que les chantages de l’amour,

                              Et leur icône instable

                                     Fourmille lente et légère

                                             Sous le tâtonnement

                                       De mes ombres tranquilles,

                              Écoutant leurs sourires

                        Comme une étreinte de nuées,

            Baiser de songes antagoniques,

Plonge en une vallée de surprises,

De merveilles ambigües

Qui vous comble de nouvelles soifs.

Une avalanche de frissons

         Dans la chair en ébullition,

                Marée de spasmes incantatoires,

                      Vagues filandreuses

                           Brisées en pleine croissance,

                               Croulement de nerfs et de fibres,

                                  Quelques réseaux qui se contractent.

Les frondaisons radieuses

Des jungles de câbles,

Bariolées comme l’orient,

Ce reflet labyrinthe

Est un ailleurs céleste

Qui fait des astres des contrées

Et d’une femme un fruit d’éblouissements

À savourer éternellement.

L’abîme psychoragique,

Aux visages étourdissants,

A la noirceur d’un nouveau monde,

Où la mésaventure

Se paye à l’infini.

Ma candeur volontaire

Qui se laisse séduire

Et qui se laisse perdre,

Sans jamais s’égarer

Dévale une ascension,

Promenade invulnérable

Errance où tout est un refuge ;

Ma pureté me protège.

Toutes les sirènes sont amies

Pour qui n’a pas d’espoir,

Hydre paisible qui nous berce

De ses nombreuses voix.

Toutes le beautés sont placides

À ceux qui ne les dérobent pas ;

Les convoitises qu’on délaisse

Deviennent parfois des astres.

Les berceuses errantes,

Tapisseries de lueurs

Aux reflets polychromes,

Racontent quelque chose

Comme des vies de damnés

Où même les anges sont errants,

Cherchent des lieux sans noms

Narrés naguère dans les promesses

Du firmament.

Celui qui a damné ses yeux

Aux vitraux électriques

Espère tomber sur le Salut

Au détour d’un mirage,

Dilue ses douleurs

Dans un cycle de rêves,

Les mélodieuses mécaniques

De secondes imaginaires.

Faire palpiter les harmonies

Dans des reliques de synthèse,

Un oliphant désemparé

Dont le souffle noué

Voudrait parler à ce visage

Qu’il craint de deviner

Au fond de son vertige.

Illustration de Liu Yu