I
Oui, ce butin de soie, qui trônait sur mes peines
Ce félin de fumée, qu’irradiaient mes deux yeux,
M’a fondu dans les mains ;
Ton visage me coule entre les doigts
Et cette glaise immonde où je le vois encore
N’existe pas autant que ce moment de trop qui gâte le possible.
Je n’ai plus de désirs,
Mais ne m’éloigne pas de ces empreintes molles,
Symboles altérés d’une idée bien vivante
Qui survit à mes peines, glissant entre mes phrases ;
Je la regarde en elles
Et je le fais d’un air que j’ai toujours vécu
Mais qui vient d’un visage que je n’ai jamais eu.
II
Le temps s’émiette sur notre silence ;
Les minutes d’attente deviennent des heures perdues,
Un amas de soupirs, l’œuvre de nos deux souffles.
Un songe tortueux encombre notre étreinte
Qui dure, puis se tasse sous les corps anguleux.
S’il te prend de voir en ma vie
Les braises qui te viennent, saisis t’en,
Mais n’oublie pas, au point d’assouvir ton envie,
Qu’en y mettant ton âme, ton avenir et tes dents,
Tu ne toucherais pas encore à ce piège de givre,
Crispé sur mon être. Mais je me vois bien ivre
De ces quelques caresses et de ton inquiétude…
Cela siéra peut-être à la morne attitude
Qu’à force d’affecter j’ai laissée en ce cœur,
Qui l’avait mise à l’aise, et qu’elle a remplacé.
III
Tu t’es laissé berner par le violent destin ;
N’est-il pas plus cruel que mes petits desseins ?
Laisse un monstre plus juste consumer ta douceur,
Sans jamais t’égarer, ni redouter d’erreur…
J’arrive, je suis là, tiens, un seul morceau.
IV
Ils grattent déjà vos os
Pour mieux signer vos restes,
Le sillon de leurs ongles
Laisse une nervure longue.
C’est pour faire bon emploi
De leurs explications,
Qu’ils colmateront cette fêlure
De la vermine sèche
Des médiocrités pensives.
Quand ces futurs hérauts
Auront raclé sans fin
Votre carcasse béante,
Quand grillons et cigale
Auront quitté leur antre,
Une demi-plaque flétrie
De vos « meilleurs ouvrages »
Servira d’exercice
Aux baisers d’une femme
Que vous n’auriez pas eu.
On brandira vos côtes,
On dira que leur hôte
Conjurait la poussière.
Talismans futiles,
Souvenirs de prophéties
Desséchées
Inutiles.
Illustration tirée du film Valérie au pays des merveilles (1970)