J’ai quitté mon logis sans destination.
Libre d’aller partout sans nulle part où aller,
J’ai pris tous les chemins qu’ont récités mes jambes,
Retraçant pas à pas le contour vermoulu
D’un amalgame d’anecdotes.
Je me laisseséduire par une vue de Seine ;
L’atmosphère des quais redouble de moiteur,
Repousse loin de moi la léger’té d’humeur
À laquelle j’aspirais en laçant mes chaussures ;
Et ma pensée s’affine et s’effiloche,
Scrutant les inconnus comme un mystère sans charme
Ou comme un faux secret.
Les piétons étourdis par le murmur’ du fleuve,
Pensent approfondir le souv’nir de l’Eden,
Mordent un fruit de verre en rêvant à leurs peines.
Là quelqu’un que dévore un secret faisandé
Dévisage le sol,
Attend de la fatigue ou d’une mauvaise idée
Qu’elle le libère un peu du don de la parole.
Je rejoins l’autre rive,
Accueille sans émoi la vue des âmes vertes
Qui s’abreuvent de vide en bordur’ des terrasses.
Je cherche des visages et des airs familiers,
Et me souvient pourtant
N’avoir pas eu quelqu’un à voir ou à croiser
Depuis déjà longtemps. Le lancinant décor,
Qui s’étire où que j’aille devant mes yeux usés,
Confirme une dérive interminable et prévisible ;
C’est à croire que mon âme n’est plus qu’un souvenir.